A la mémoire de Jacques Granges (1946-2016)                                                      «Les vignes dans le ciel»

Dans les hauteurs de leur domaine nommé "Beudon" (Fully), détachés de la plaine et de la civilisation, sans en être déconnectés, Jacques l'ingénieur agronome et Marion, l’hortocultrice formée en cultures biodynamiques, cultivent depuis 1971 leur terre en biodynamie. Ils observent la lointaine agitation du monde et entretiennent leur terre comme leur plus grande richesse.

Jacques est d'abord passé par l'école d'agriculture de Châteauneuf-Sion. Issu d'une famille de pépiniéristes-viticulteurs du Valais, il a toujours adoré la nature. Après avoir décroché son diplôme fédéral, il a rejoint Zurich pour faire des études à l'École polytechnique afin de devenir ingénieur agronome. Grâce à ses capacités, il est devenu, en 1969, le plus jeune ingénieur agronome suisse. A l'école d'ingénieurs de Changins, il a alors entamé un doctorat portant sur la lutte biologique contre les insectes. Il est ensuite parti quelque temps dans le sud des États-Unis pour réaliser une partie de ses recherches.
À son retour, alors qu'il était encore en doctorat, l'occasion d'acheter le vignoble de Beudon s'est offerte à lui. Célibataire et sans argent, sa famille doutait de la réussite de cette aventure. Comme son père possédait déjà un peu plus d'un hectare de vergers au pied de ce gros ventre de rocher que forme Beudon, Jacques avait toujours rêvé d’acquérir ces quelques hectares de vignoble suspendus entre la vallée et les étoiles. Et c'est ainsi que tout a commencé.

 

Jacques Granges était un passionné de la nature, plus qu’un vigneron dans l’âme, un fou de botanique, proche du vivant, de la faune et de la flore valaisanne, un amoureux de la Terre qui militait pour une diversité préservée.

 

Aussi, c’est tout naturellement qu’il s’est approché de notre association et qu’il a remplacé Willy Kraft à la présidence de la Ligue valaisanne pour la protection de la nature, aujourd’hui Pro Natura Valais pendant plus de 7 ans, soit de 1973 à 1979.
Il s’est pleinement impliqué dans deux grands dossiers des années 1980, l’opposition au tracé de l’autoroute et la lutte contre la pollution au fluor. Le comité contre l’autoroute obtint du Conseil fédéral l’annulation de tous les projets en amont de Riddes et l’étude des nouveaux projets par un groupe de travail présidé par le professeur Philippe Bovy de l’EPF-L. L’Association contre les émanations nocives obtint l’installation de systèmes d’épuration de l’air dans les usines d’aluminium de Chippis et de Steg, destinés à retenir le fluor (voir livre de François Piot : Baroud de survie: les abricots au fluor. Editions d’en bas, 2010).

 

Son leitmotiv : «J’aime bien quand la pratique va de pair avec la théorie, sinon ça veut dire que la théorie n’est pas bonne !».

 

Mais voilà, ce triste 10 juin 2016, Jacques Granges meut à 69 ans dans un tragique accident.
Alors que l'homme au béret sulfatait ses vignes au moyen d’un chenillard, celui-ci, après plusieurs tonneaux, s’est renversé sur lui.

 

Vues du ciel, qu’elles sont belles ces vignes de Beudon.